


Deux figures colossales de quartzite, hautes d'environ dix-huit mètres et très érodées, siègent seules face au lever du soleil sur la route qui entre en rive ouest, et presque tout le monde s'arrête pour une photo. Elles sont tout ce qui fut longtemps visible de l'énorme temple funéraire d'Amenhotep III, jadis le plus grand d'Égypte, rasé par un tremblement de terre et démantelé comme carrière au fil des siècles. Leur véritable célébrité tient à une bizarrerie : après qu'un séisme eut fissuré la statue nord vers 27 av. J.-C., celle-ci se mit à émettre une étrange note musicale à l'aube, lorsque la chaleur du matin dilatait la pierre. Des touristes grecs et romains venaient ici entendre le Colosse chantant de Memnon et gravaient leur nom sur ses jambes, jusqu'à ce que des restaurateurs romains réparent la fissure et le fassent taire à jamais. Derrière les statues, des fouilles en cours mettent peu à peu au jour davantage du temple enseveli et d'autres colosses brisés. C'est un arrêt de cinq minutes, mais poignant, et la première image classique lorsqu'on passe en rive ouest.